Archives de février 14th, 2010
hibernation
Nu et insouciant je courrai, tête en l’air cheveux dans le vent, dans cette forêt tropicale. Chacune de mes foulées me portait plus près de ce bonheur, de cette joie transcendantale. Le terrain s’est accidenté, forçant mes muscles à puiser plus de réserves, plus d’énergie, mon trentième kilomètre. L’air s’est densifiée freinant ma course, engluant mes gestes, les branches ont jailli du sol, taclant sèchement tout désir de poursuivre. Et je chus.
A mon réveil, je me sentais enserré. Le corps plongé dans cette vase, la tête juste inclinée pour pouvoir prendre quelques goulées d’air, de cet air putride charrié par la décomposition d’une vie, j’analysais l’état de ce débris de corps, de cette pourrissante âme que j’étais devenu.
Et l’hiver de cette vie a porté ses gelées, figeant de ce blanc manteau toute cette vase, tout désir de sortir de cette situation. Dans cette prison froide, en un réflexe de survie, veines et artères se sont collabées, le cœur a ralenti sa fréquence, la vie s’est repliée en un point minuscule pour cacher à la mort rampante son existence.
Attendre un redoux, attendre que la force de vie explose, attendre que la chaleur soit suffisamment repliée sur elle-même pour s’effondrer et exploser en un big bang qui brisera la vague de froid, attendre seul, dans cette prison malodorante.
Une main tendue, une deuxième, une pioche qui fracasse cette vase, un sourire, des envies qui remontent. Tout recule, tout se range, les picotements de la chaleur regagnent doucement mes extrémités. L’odeur reste, mais je sens que je peux de nouveau bouger.
Renaître, doucement, redécouvrir les amplitudes, les mouvements, faire quelques pas prudents sur le chemin lourd de ce passé chargé, allégé par ceux qui ont toujours été là.
Nu et soucieux, j’avance une jambe sur ce nouveau sentier.