Archives de mai 5th, 2009
En remontant les poubelles
Le soleil frappe ma peau, réchauffant mes pensées pendant la descente. Mes yeux, protégés du soleil par mes sourcils, se lèvent sur un paysage de verdure aux milles explosions de fleurs. Les arômes, effluves des bouquets, s’engouffrent dans mes narines, suintent dans mes poumons, s’échappent dans mon corps en une enivrante caresse intérieure.
Le chien du voisin jappe alors que j’empoigne les poubelles. Ignorant la violence ordinaire de la nature, mon regard se tourne vers la montée, mon esprit vers mes pensées. Atteindre ce bonheur, que tant rechigne à apprécier, à savourer, je ne pensais pas, je ne pensais plus pouvoir y parvenir. Conjugué aux rayons, son aura nimbe mon corps de cette radiance d’absolue sérénité. Au loin le rire, les rires percent cette armure de silence, fendent mon esprit, ajoutent cette touche finale au plat de ma vie, cinq étoiles au Guide Michelin.
De ces exquis plaisirs de la vie, un accomplissement naît en moi ; une barrière s’ouvre, libérant ses flots purs et limpides de désirs. Le pas, toujours léger pour ne pas brusquer mon corps, secouer mon âme, s’allonge pour gravir cette pente, si plaisante, si courte, mais qui m’éloigne tant de ma source de joies. L’absorption d’énergie est à son sommet quand arrive celui du chemin. L’énergie se concentre prête à exploser en une myriade d’étoiles, semant les sources de futures résurrections.
J’ouvre la porte, sa silhouette en contre-jour absorbe mon regard. Mon visage se détend, mes joues se relâche, pendant qu’un sourire se dessine sur mon visage. A pas feutrés, en une danse invisible, je vole, enivré par ce bonheur. A mesure de mon approche, l’énergie se libère en moi en des frémissements de joies, qui parcourent en une onde unique l’ensemble de mes veines. Mes bras s’ouvrent, t’enlacent, plaquent ton dos sur mon torse pour partager cette chaleur, pour rayonner en toi, pour t’entraîner dans cette danse folle, dans cette ronde qui virevolte en moi et floute le monde par ses motifs de vie et de mouvements.
Mon visage s’approche de ton cou dans cette douce folie. Un son, un mot, un seul mot, un seul petit mot, à peine susurré, à peine murmuré, à peine soufflé, pour un instant de magie gravé à jamais dans ma mémoire :
« merci ».