Archives de avril 2009
Un appel
Aveugle, face au précipice, je sens le vent de la fin brûler mon visage.
Mon estomac se noue, mon coeur se lève, ma gorge se resserre, mon cerveau est entièrement consacré à cette souffrance douce et mortelle qui le gagne.
De mes yeux s’éjectent les rêves de ce qui aurait pu se produire. Une vie, la vie, faite de nouveaux choix, de nouvelles envies, de pulsions, de possibilités, de ce mariage d’arcs-en-ciel lovés sur eux-mêmes en un feu d’artifice de couleur. Puis le noir de couler dans mes veines, lourd comme du pétrole, engluant mes gestes, mes hormones, mes muscles, raclant les parois internes de mon être. D’artérioles en veinules, les parois lâchent, le sang boueux se mêle aux organes, gagne mes sinus, envahit mes yeux qui noircissent. L’excédent s’évacue en larmes, larmes sombres qui laissent leurs savantes traînées découvertes, visibles comme les cicatrices d’une vie.
Je contemple, dans la douleur, ce nouveau paysage, noir, sombre, vide. Les fils de mon cerveau, en surcharge, se paralysent. Mes idées se figent sur ce qui aurait dû, ce qui aurait pu, au lieu de sur ce que je veux, ce qui est. Mon corps s’atrophie aussi vite que mes idées, et la cage qui m’oppresse petit à petit vide l’air que je contiens.
Une lueur, ton sourire.
Agir! j’aurai … Non ! je veux… Non ! je… Le silence béant de mes échecs explose dans ce vide que je suis. Le murmure de la mort souffle, son air chante ma fin : “rien ne pourra te sauver, même pas toi, rien ne pourra t’extraire de toi-même, je te reprends ton rêve que tu as gâché, je te reprends cette vie que tu rates, n’agis plus, lâche ce souffle, celui qui te retient mais qui ne sert à rien”.
Un flash, notre famille.
Un rayon de lumière, réchauffe mon corps, j’aperçois ta silhouette majestueuse. L’éclat blond de tes cheveux flottant dans les vents du gouffre. Tu souris ; mon coeur se libère. Tu tends la main en une invitation ; mon corps s’embrase, se libérant des liens monstrueux de mes doutes. Une impulsion et je vole vers toi, t’enlaçant, te serrant. Nous nous chauffons et chaque caresse, chaque seconde contre toi, réveille en moi ces rêves enfouis sous cette crasse noire de mon âme.
Emmène-moi sur cette île douce et sauvage, je t’emmènerai vers mes rêves, vers notre avenir, vers le moi intérieur et fort, vers mes certitudes.