Lederf’s Weblog

Journal d’une recherche

19 Juillet 2008 Souvenirs

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Aujourd’hui, faisant du rangement, je me suis penché sur les textes que j’avais pu écrire par le passé et qui se retrouvent dans le tréfond de la mémoire de mon ordinateur. Celui-ci m’a parlé… il y en a qui font des rêves prémonitoires, pour moi, ce sont des écrits…

            Aujourd’hui 4 mai 1995, regardant cette plage, en marge de mes pensées, écrasé par la chaleur, je laisse là mon travail. Le sable, sous mes pieds, crisse à chacun de mes pas. Ceux-ci m’éloignant des cocotiers qui abritent du soleil mes affaires. La fraîcheur de l’eau commence à se faire sentir dans le sable. Toujours pas un nuage. Puis dans une course folle, mes jambes me portent. Le sable fatiguant mon corps. Puis vient l’eau. Agréable, rafraîchissante. Si agréable qu’on la sent à peine. Si rafraîchissante que mon esprit m’ordonne de toujours aller, de plonger. Dans ma course, l’eau monte. D’abord sur mes pieds, éclaboussant légèrement la jolie rousse qui se promène sur la plage, puis sur les tibias manquant de me faire trébucher à chaque pas. Une vague, deux vagues. Le plus dur est maintenant dans l’eau. Plus que le ventre, le torse, la tête et les bras. Plonge hurle mes pensées à mon esprit, à mon corps. Tout sourire, dans la vague déferlante, ralenti par le sable, par l’eau, par la chaleur, mes deux jambes me propulsent. Frais. Ma tête ressort de l’eau se secouant par bonheur de sentir cette eau couler, voler dans les airs. Mon visage rit. Nous sommes deux. Elle.

           

            Elle qui semblait venir de si loin avec ses pas déterminés mais rêveurs, avec ses cheveux face au vent, avec ce regard si interrogateur sur ce paradis, cette eau, ce soleil, vient de plonger. Son corps aux lignes si splendides qu’on les croiraient d’Aphrodite glisse dans ce palais de la fraîcheur. Lorsque son corps ressort de l’eau comme poussé par les flots, mes yeux, mon coeur, mes pensées, mon corps, mon esprit, sont pour Elle. Ces yeux verts viennent à la rencontre de mon regard. Son sourire est une ode à ma timidité. Elle plonge. La chaleur.

 

            Transpercé par ce regard, condamné à rêver, la chaleur est montée. Mon coeur s’est enflammé, mon cerveau a grillé, mes yeux trop éblouis se sont refermés. Si ce n’est cette vague venue voilé la rougeur de mon visage, le désir de mes yeux, le paysage, le temps, le monde semblent s’être arrêtés sur cet instant, sur mes pensées, sur ma pensée: tout ce que je pourrai penser, dire ou lui offrir ne sera digne de sa beauté, de ses grâces. Nage.

 

            Comme un requin, feignant d’ignorer mes envies, en cercle autour de celle qui occupe mon esprit, nage. Le courant, les vagues, mon coeur, mon esprit semblent irrémédiablement m’approcher d’elle. Ô doux et suave réconfort de ne savoir d’elle que son apparence. Ô tuante et révoltante gène que de ne rien savoir d’elle à part son attirante beauté. Mon esprit nage dans cette eau de troubles en quête d’un sujet, d’un objet ou d’une manière qui me permettrait de lui parler sans être moi-même, un humain mais en étant moi-même, le poète, le clochard, le romantique, le rêveur. Regard.

 

            De nouveau mes yeux se rendent compte de ce sourire lancé lorsque nos regards se croisent. Mon esprit n’avait jamais voulu la perdre et mon corps avait tout fait pour ne pas l’oublier. Il la regarde et ne peux ou ne veux l’empêcher. Comme pour échapper à ce regard qui doit lui paraître lourd et insistant, elle plonge laissant ses cheveux flotter le temps de les voir disparaître dans les tourbillons du rêve. Seul.

 

            Mon esprit s’affole, mon coeur bat à tout rompre, mon corps sue de désespoir, mes yeux pleurent, ma respiration est haletante, où est-elle? Pourquoi ne pas l’avoir abordée? Pourquoi ne pas s’être présenté? Pourquoi ne pas avoir essayé? Elle me manque et je la cherche du regard, de l’esprit, de mes autres sens. Rien. La peur, l’amour. Vide. Comme un enfant qui perd ses rêves, je ne bouge plus. Je pleure. Elle me manque, elle qui vient de partir et que je n’ai vue que trop peu de temps. L’horreur de ma vie, les rêves de ce que j’aurais pu, de ce que j’aurais du faire m’envahit. Sauvé.

 

Là, sur la plage, étendue elle se laisse caresser par les vagues. Seul l’écume de la mer l’habille. Son regard se pose sur moi. Elle me connaît. Toute ma peur de la perdre récite ce poème enfoui au fond de mes rêves mais destiné à celle que j’aime. Surprise, elle retourne dans l’eau. Sa voix d’ange me parle. Sa nage m’offre une danse. Sa main prend ma main. Son regard prend mon regard. Ses lèvres prennent mes lèvres. Je suis un rêve, son rêve et elle, est le mien. Pas un mot pour entendre sa voix, son esprit, pas un mot pour se comprendre. Elle se détache de mes lèvres, plonge son regard dans le mien, sourit pour vaincre sa timidité pour cacher le rouge de ses joues. Elle pose son visage contre le mien. Son menton sur mon épaule, sa joue contre ma joue. Nos pensées, nos esprits, nos corps se parlent dans ce langage si discret qui fait que nous nous comprenons. Sans appui sur le sable, les vagues bercent nos corps. Le monde semblent s’être effondré pour nous laisser seul avec nos rêves. Elle se relève, se détache, m’embrasse. Nous coulons. Nous nageons. Plus besoin de rêver, mon rêve me tient par la main, m’entraîne dans son royaume. Vies.

 

            D’autres personnes sont là. Je les sens. Elle s’en effraie mais je veux la protéger. Ils descendent. Le poulpe m’accroche la jambe et me tire, m’entraînant vers les fonds. Elle tente de me retenir mais ils sont à son niveau. Ils l’attachent de fers de mathématiques, mécaniques, physiques, ils lui donnent des lois pour la torturer, la faire souffrir mais je m’enfonce et ne peux plus lutter. L’air me manque pourtant il est chaud. Trop chaud.

 

            Aujourd’hui 4 mai 1995, j’ai perdu mes rêves, mon rêve, dans ce pays si froid. Pourtant, je me revois rêvant d’un jeune écrivant sur un cahier avec des crayons posés à coté, comme maintenant. Rêvant de ce qui détruit mes rêves. Un jour, je reviendrai te trouver et détruirai ces réalités pour sauver celle que j’aime et dont je continue de rêver. Elle.”

Voilà pour aujourd’hui, en gros fainéant, je ne fais pas dans l’originalité, je pompe dans mon passé.

Rédigé par lederf

19 juillet 2008 à 11:05

Publié dans RECHERCHE

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